lundi 12 mars 2012

Et maintenant, explique-moi... Le Web 2.0 : pourquoi c'est bien ?


Dans le précédent post, nous avons vu que le passage du Web 1.0 au Web 2.0 a permis aux internautes de devenir acteurs du Web et non plus de simples consommateurs. Quelle révolution !... Dorénavant, on peut commenter, "liker", voter, créer, partager, échanger, diffuser, mobiliser, militer, promouvoir, influencer, recruter, inviter, faire des rencontres, flirter et même... s'auto-congratuler. Unbelievable !

Ego trip
L'utilisation du Web 2.0 et de certains réseaux sociaux serait donc teintée d'un brin de narcissisme ? Peut-être, mais elle permettrait visiblement d'accroître l'estime de soi (notamment celle des jeunes utilisateurs en quête de personnalité) par la mise en scène et la mise en valeur de sa vie. Évidemment, quand on met sa vie en scène sur un réseau social on va un petit peu enjoliver la réalité... Quand je parle d'enjoliver, ca veut dire qu'on va éviter de poster les fameuses photos du mariage de tante Marcelle où on avait chopé de l'urticaire plein la figure après avoir avalé cinq tranches de tarte aux fraises. On va aussi se détagguer des photos postées par les copains après un week-end bien arrosé (mais ouiiiiii, celles où on gît à poil dans la salle de bain la tête fourrée dans la cuvette...). Je suis d'accord, c'est pas très reluisant tout ca.

Plus sérieusement, on va bien évidemment poster nos plus jolies photos (après les avoir traficotées avec Photoshop) et montrer à quel point notre vie est cool. Les autres membres du réseau vont "liker" nos albums (Lucette en Patagonie, Lucette à la montagne, Lulu et les copains, Lucette fait du monokini à Préverenges, etc...), ils vont "liker" nos statuts, nos commentaires, émettre à leur tour des commentaires ("Waouuuh, té vréman tro canon sur cette tof' !Sa te va bien les basquettes rouges...") ou repartager les supers liens qu'on a posté ce matin. Tout ça c'est bon pour l'égo, on se sent quand même pas mal valorisé. Et puis dans la vie, on ne choisit pas toujours ce qui nous arrive. Y a des bons moments et y a des moments merdiques, ça fait partie du jeu, on est malheureusement bien obligés de faire avec. Sur le Web, on a l'énorme avantage de pouvoir choisir ce qu'on décide de montrer, on a cette possibilité de pouvoir occulter ce qui est laid.

J'optimise mon capital social
En ce qui concerne les relations sociales et interpersonnelles, j'ai l'impression que la société individualiste dans laquelle nous vivons a passablement appauvri et affecté nos relations ainsi que la manière dont nous interagissons les uns avec les autres. Dans une société où les liens sociaux se désagrègent de plus en plus, où les cellules familiales éclatent, où on est de plus en plus méfiants, où on a peur de l'Autre, où on est tout le temps pressés et stressés, on peut très rapidement se sentir bien seuls et isolés.

Créer un compte Facebook ou Tweeter, créer un blog, s'inscrire sur un site de rencontres, adhérer à telle ou telle communauté permet de recréer du lien. Cela permet de restaurer, d'enrichir son réseau personnel et d'optimiser son capital social. On peut adhérer à des communautés d'intérêt (autour d'une thématique), à des communautés d'expérience, à des communautés de transactions (ex : ricardo, anibis) ou à des communautés d'imagination (ex : World of Warcraft, Second Life). Pour tous ceux qui ne sont pas fanatiques de la Compagnie créole ou qui n'ont pas de collection d'opercules de crème à café à vendre : Don't worry ! Vous pouvez toujours vous rabattre sur les réseaux sociaux, car ils regroupent un peu toutes les sortes de communautés virtuelles.

"Tous les amis imaginaires de maman sont sur quelque chose
qui s'appelle "Facebook"."
Alors bien évidemment, on n’est pas complètement nœud-nœud. Sur nos 3'879 amis Facebook, on sait bien que tous ne sont pas nos "vrais amis". Les "vrais", on peut les compter sur les doigts d'une main. Et oui, après les "faux réfugiés", les "faux chômeurs", voici les "faux amis". Bon, quoiqu'il en soit toutes ces connaissances font partie d'un réseau que nous allons pouvoir activer et exploiter en cas de besoin. Ce capital social reconstitue l'appui affectif qui provenait jadis de la cellule familiale et des autres types de relations interpersonnelles. Le fait d'être inscrit dans un réseau social permet par ailleurs de créer un certain sentiment d'appartenance au groupe. "Quoiiiiiiiii !??? Comment ça ? T'es pas sur Facedeprout!??". Autant dire que si tu n'y es pas, tu passes vraiment pour un naze. Le Web 2.0 permet par ailleurs de rester en contact et de se connecter quand on veut avec l'autre bout de la planète via Skype, MSN ou Facebook.

Promotion, marketing et diffusion d'idées
Le Web 2.0 est également un fabuleux outil de promotion, de marketing et de communication. Un grand nombre d'entreprises, de commerçants, de maisons d'éditions, de labels, de politiques, de lieux culturels, d'associations, de centres socioculturels ou d'ONG utilisent ce vecteur pour "vendre" leurs produits, leurs programmes, leurs prestations ou leurs causes. Obama a d'ailleurs obtenu le titre d'Homme Marketing de l’année par le magazine Advertising Age pour sa campagne présidentielle de 2008. Avec son célébrissime "Yes we can", son armée de militants sur le terrain, son site Internet, ses comptes Facebook, Twitter et sa plateforme de collecte de dons en ligne, il a créé un véritable buzz qui a sans doute favorisé sa victoire.

Vous voulez un excellent exemple de marketing social sur le Web 2.0 ? En voilà un :



Qui n'est pas tombé sur cette vidéo ces derniers jours en allant sur Facebook ? "KONY 2012", il est quasiment impossible de la louper. Il s'agit de la campagne très controversée du mouvement Invisible Children. Ce groupe d'activistes tente de faire stopper le conflit armé qui fait rage en Ouganda en faisant arrêter Joseph Kony (leader de la Lord's Resistance Army- LRA), accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Pour y arriver, ils ont mis en place tout un arsenal de moyens de marketing et de communication plutôt efficaces. Les militants sont tous jeunes, beaux, universitaires, soutenus par des personnes influentes (grandes stars et politiques, dont Barack Obama). On peut même militer avec eux en achetant le joli kit "KONY 2012" à 30 dollars! C'est fabuleux. Enfin, si on aime le style cow-boy paternaliste et dégouliiiiiiiinant d'héroïsme à l'américaine. Perso, même si les stratégies marketing sont excellentes, j'en ai presque eu la nausée tellement j'ai trouvé ça "too much", mais à vous de juger. 

Sur le sujet:

Mis à part le côté ludique et divertissant (musique, vidéos, films et jeux en ligne), le Web 2.0 permet également d'effectuer des recherches, de diffuser des informations, des idées, de les confronter, et de partager des connaissances. Depuis quelques années, on voit également fleurir les blogs militants et dissidents comme :


Le Web 2.0 est donc aussi un outil de résistance qui permet de véhiculer (au plus grand nombre et en un temps record) des idées interdites ou réprimées. Pour les personnes qui vivent dans un système totalitaire, Internet (lorsqu'il n'est pas bloqué) est souvent le seul moyen d'obtenir des informations neutres et objectives, mais également d'en faire sortir du pays. Selon Reporters sans frontières, parce que les blogs "délient les langues des citoyens ordinaires, ils sont un formidable outil pour la liberté d'expression. Dans les pays où la censure est reine, lorsque les médias traditionnels vivent à l'ombre du pouvoir, les blogueurs sont souvent les seuls véritables journalistes. Ils sont les seuls à publier une information indépendante, quitte à déplaire à leur gouvernement et parfois au risque de leur liberté." (RSF, 2011). RSF a d'ailleurs même édité un petit guide pratique à l'usage des cyberdissidents pour les aider à se protéger, à contourner la censure et à préserver leur anonymat:


Profil de Cachafaz sur l'application Instagram
Dans les démarches engagées, on peut également découvrir de jolies surprises au travers de certaines applications disponibles sur les smartphones. C'est en farfouillant sur Instagram que je suis tombée sur le profil d'un type qui passe son temps à photographier des sans-abris. Il a voyagé au Mexique, en Colombie et il sillonne actuellement les grandes villes des États-Unis.

Photographier des SDF. La démarche peut paraître glauque, mais le résultat est tout à fait surprenant. Dans un premier temps, ce qui choque c'est la quantité incroyable de personnes qui vivent dans la rue. Mais là ça devient intéressant, c'est qu'il arrive à humaniser ces personnes et à les rendre belles, malgré la crasse et la misère. Alors qu'en général, ce sont plutôt des personnes que l'on n'a pas du tout envie de voir. Je pense d'ailleurs que c'est le but de la manoeuvre: donner une visibilité à ceux que l'on ignore, par le biais d'une démarche artistique et en utilisant les outils du Web 2.0. Cachafaz connaît le prénom de toutes les personnes qu'il photographie, il leur distribue des parapluies lorsqu'il pleut et fait des récoltes de dons pour leur payer une place en désintoxication ou pour qu'ils puissent réaliser un souhait qui leur est cher. Personnellement je trouve cette démarche noble et très originale.
Si vous avez envie de voir ses photos ou d'en savoir plus:


Et l'animation socioculturelle dans tout ça ?
Avec tout ce bla-bla, j'ai presque failli oublier l'essentiel : l'animation. En tant qu'animateurs socioculturels, en 2012 on ne peut pas passer à côté du Web 2.0, on est même carrément obligés de surfer sur la vague. Et pourquoi s'en priver quand on sait les possibilités que cet outil nous offre !? Qu'on travaille dans un lieu culturel (théâtre, salle de spectacles) ou plutôt dans un centre socioculturel, on va avoir besoin de faire de la promo. Avec le Web 2.0 presque plus besoin de flyers ! On balance nos "events" et activités sur notre site Internet, on blinde notre page Facebook, on envoie des mails et on demande aux gens de partager l'évènement ou le programme. La diffusion des infos et des nouveautés est facilitée. Ça permet aussi d'optimiser notre réseau en entretenant le capital existant et en invitant de nouveaux membres. J'ai besoin de bénévoles pour une soirée ? Hop ! Je balance l'info sur Facebook, j'envoie deux ou trois mails, je passe quelques coups de fil et c'est dans la poche. Ça permet également de communiquer sur les projets en cours et d'offrir un retour sur les projets réalisés. En gros, le Web 2.0 c'est un outil super pratique et vachement important pour nous. Voilà...

Mais ATTENTION ! Tout n'est pas rose et idyllique dans le monde de Web 2.0. Ben ouais, vous vous imaginiez quoi ? C'est pas non plus le pays des Bisounours le Web 2.0, y a des risques ! Ça peut même être dangereux... Mais ça, on vous en parlera la semaine prochaine ! Suspense...

Posté par Tam

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